🎁 Un cours ABC offert avec L'Étincelle — la newsletter Sia Je m'inscris →
S’ouvre dans un nouvel onglet

Suminagashi et papier marbré : la technique japonaise de l’encre flottante

Le suminagashi, c’est l’art japonais de faire flotter l’encre sur l’eau pour en capturer les anneaux sur une feuille. Son histoire, sa place dans la grande famille du papier marbré, ses différences avec l’ebru turc, le matériel, la technique pas à pas, et un générateur pour jouer avec les motifs.

Suminagashi - Papier marbré - Plateforme Sia
@Magnific.com

Une goutte d’encre posée sur l’eau ne coule pas toujours. Si l’eau est calme et l’encre assez légère, elle s’étale en un disque parfait, qui flotte à la surface. Pose à côté une goutte d’eau légèrement savonneuse, puis une autre goutte d’encre au centre, et les cercles se repoussent en anneaux concentriques. Un souffle, et les anneaux se mettent à onduler comme du bois veiné ou une rivière vue d’avion. Il ne reste plus qu’à poser une feuille sur l’eau pour capturer le motif. Il est unique : personne ne pourra jamais le refaire.

C’est le suminagashi, l’« encre flottante » japonaise, l’ancêtre de tout le papier marbré.

Ce guide t’explique ce qu’est le suminagashi, comment il s’inscrit dans la grande famille du papier marbré, ce qui le distingue de l’ebru turc et de la marbrure occidentale, le matériel, et la technique pas à pas. Et pour te mettre en appétit, un générateur te permet de jouer avec les anneaux d’encre avant de te lancer pour de vrai.

Qu’est-ce que le suminagashi ?

Le suminagashi (墨流し) signifie littéralement « encre qui flotte » ou « encre qui s’écoule » : sumi, l’encre noire traditionnelle, et nagashi, l’écoulement. C’est une technique japonaise de décoration du papier qui consiste à faire flotter de l’encre à la surface d’une eau calme, à la déformer doucement, puis à la transférer sur une feuille.

C’est sans doute la plus ancienne technique de marbrure connue. On la pratiquait à la cour impériale japonaise dès l’époque de Heian : les plus anciens exemples conservés ornent les pages d’une anthologie de poèmes du début du XIIᵉ siècle, le Recueil des trente-six poètes. Selon la tradition, la technique a été transmise à une famille de la province d’Echizen, l’actuelle préfecture de Fukui, qui la pratique encore aujourd’hui, de génération en génération.

Ce qui fait le charme du suminagashi :

  • il ne demande presque rien : de l’encre, de l’eau, deux pinceaux et du papier ;
  • chaque tirage est unique : l’eau ne refait jamais deux fois le même mouvement ;
  • c’est une pratique méditative : on souffle, on attend, on observe. Le geste compte autant que le résultat.

Le papier marbré : une famille de techniques

Le papier marbré désigne toutes les techniques qui consistent à faire flotter des couleurs à la surface d’un liquide, à créer un motif, puis à le transférer sur une feuille. Le résultat évoque les veines du marbre, d’où son nom. On parle aussi de marbrure ou de papier à la cuve.

Toutes reposent sur le même principe, mais elles diffèrent par trois choses :

  1. le bain : de l’eau pure (suminagashi) ou de l’eau épaissie avec une gomme végétale (ebru, marbrure occidentale) ;
  2. les couleurs : de l’encre de Chine, ou des pigments additionnés de fiel de bœuf, un agent qui les aide à flotter et à s’étaler ;
  3. les outils : un souffle et quelques pinceaux, ou des peignes, des pointes et des stylets qui dessinent des motifs précis.

Le papier marbré a longtemps servi en reliure : les pages de garde des livres anciens, à l’intérieur des couvertures, sont souvent marbrées. On l’utilise aujourd’hui pour les cartes, les carnets, le collage ou l’encadrement.

Il existe aussi une version simplifiée, très pratiquée avec les enfants : le papier marbré à la mousse à raser. On fait couler quelques gouttes d’encre ou de colorant sur une couche de mousse, on les étire avec un pique, on pose la feuille, puis on racle la mousse. Le principe est le même, la finesse en moins.

Suminagashi, ebru, marbrure occidentale : les différences

SuminagashiEbruMarbrure occidentale
OrigineJapon, XIIᵉ siècle au moinsPerse et Turquie, XVᵉ-XVIᵉ siècleEurope, à partir du XVIIᵉ siècle
BainEau pureEau épaissie à la gomme adraganteEau épaissie à la gomme adragante, puis au carraghénane (une algue)
CouleursEncre noire, parfois quelques couleursPigments et fiel de bœufPeintures et fiel de bœuf
OutilsPinceaux, souffle, éventailPinceaux en crin, pointes, styletsPeignes, pointes, stylets
MotifsAnneaux libres, organiquesMotifs dessinés, jusqu’aux fleurs (tulipes, œillets)Motifs codifiés : caillouté, peigné, coquille
PapierAbsorbant, non traitéTraité à l’alunTraité à l’alun
EspritLâcher-prise, hasardMaîtrise et virtuositéRégularité et répétition

L’ebru, l’art turc du papier marbré, est le plus connu des trois. Son bain épaissi permet de maîtriser les couleurs et de dessiner de véritables motifs, jusqu’à des fleurs entières tracées à la pointe. L’ebru est inscrit au patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO.

La marbrure occidentale s’est développée en Europe pour la reliure, avec des motifs codifiés et répétables d’un livre à l’autre, obtenus au peigne.

Le suminagashi est le plus libre et le plus simple : pas de gomme, pas de mordant, pas de peigne. L’eau fait l’essentiel du travail, et c’est pour cela qu’il est idéal pour découvrir le papier marbré.

Le matériel : quelle encre pour le papier marbré ?

Pour le suminagashi

  • Un bac plat et large, un peu plus grand que ta feuille, avec 3 à 5 cm d’eau. Un plat à four ou un bac à photo fait très bien l’affaire.
  • De l’eau à température ambiante, reposée quelques minutes pour qu’elle soit parfaitement immobile.
  • De l’encre : l’idéal est une encre spéciale suminagashi, vendue en kit, formulée pour flotter. Une encre de Chine liquide ou une encre sumi de bonne qualité, légèrement diluée, fonctionne souvent aussi, mais toutes ne flottent pas : fais un test avec une goutte avant de te lancer. Les encres trop épaisses ou trop chargées en liant coulent au fond.
  • Un dispersant : c’est lui qui crée les anneaux en repoussant l’encre. Traditionnellement, une résine de pin ; à la maison, une goutte de liquide vaisselle diluée dans un verre d’eau suffit.
  • Deux pinceaux fins : un pour l’encre, un pour le dispersant. Ne les mélange jamais.
  • Du papier absorbant non traité : papier japonais (washi), papier de riz, papier pour la calligraphie chinoise ou papier machine fin. Les papiers glacés ou très encollés n’absorbent pas l’encre.
  • Des bandes de papier journal pour nettoyer la surface de l’eau entre deux tirages.

Pour l’ebru et la marbrure occidentale

  • Un bain épaissi : de la gomme adragante pour l’ebru, le plus souvent du carraghénane aujourd’hui pour la marbrure occidentale, préparé la veille.
  • Des couleurs additionnées de fiel de bœuf : il les aide à flotter et règle leur étalement. On trouve des peintures prêtes à l’emploi pour la marbrure.
  • Du papier traité à l’alun, qui fixe les couleurs.
  • Des peignes et des pointes pour dessiner les motifs.

Pour aller plus loin sur les encres, leurs différences et leurs usages, notre guide de l’encre de Chine les présente en détail.

La technique du suminagashi pas à pas

1. Préparer le bain

Remplis ton bac de 3 à 5 cm d’eau et laisse-la reposer quelques minutes, à l’abri des courants d’air. Passe une bande de papier journal à la surface pour retirer les poussières : l’eau doit être parfaitement propre et immobile.

2. Charger les pinceaux

Trempe le premier pinceau dans l’encre, le second dans le dispersant. Essore-les légèrement : un pinceau trop chargé fait couler l’encre.

3. Former les anneaux

Effleure la surface de l’eau avec la pointe du pinceau d’encre, sans plonger : l’encre s’étale en un disque. Effleure ensuite le centre de ce disque avec le pinceau de dispersant : un cercle clair repousse l’encre en anneau. Alterne ainsi, encre, dispersant, encre, dispersant, toujours au même endroit, une vingtaine de fois : les anneaux se multiplient et s’élargissent.

Tu peux créer plusieurs centres à différents endroits du bac, ou tenir les deux pinceaux dans la même main pour aller plus vite.

4. Déformer le motif

C’est le moment le plus magique. Souffle doucement à la surface, à travers une paille ou simplement de loin, ou agite un éventail : les anneaux ondulent et se tordent. Tu peux aussi effleurer l’eau avec un cheveu ou un fil. Va doucement : un geste trop fort casse les anneaux.

5. Poser la feuille

Tiens ta feuille par deux coins opposés et pose-la sur l’eau en la déroulant d’un bord à l’autre, d’un seul mouvement, pour ne pas emprisonner de bulles d’air. Ne la bouge plus. Le papier absorbe l’encre en une ou deux secondes.

6. Retirer et sécher

Soulève la feuille par un coin, d’un geste lent. Tu peux la rincer très doucement à l’eau claire si l’encre a laissé des traces, puis fais-la sécher à plat, sur du papier journal ou une grille. Une fois sèche, tu peux l’aplatir sous quelques livres.

7. Nettoyer et recommencer

Avant chaque nouveau tirage, passe une bande de papier journal à la surface de l’eau pour récupérer l’encre restante. Tu peux aussi tirer une deuxième feuille sur l’encre restante : le motif, plus pâle, est souvent très beau.

Une fois à l’aise, essaie d’ajouter une couleur (une encre bleue ou rouge alternée avec le noir), ou d’imprimer deux fois la même feuille sur deux bains différents pour superposer les motifs.

Joue avec l’encre : le générateur de motifs

Avant de sortir le bac et l’encre, découvre comment se forment les anneaux : pose des gouttes d’encre et de dispersant, souffle pour déformer le motif, puis observe l’eau se figer. Chaque motif est unique, comme sur une vraie feuille.

Le générateur de suminagashi

Touche l'eau pour déposer une goutte d'encre, touche encore au même endroit pour faire naître des anneaux, puis glisse le doigt pour souffler sur l'eau. Quand le motif te plaît, pose la feuille.

Touche l'eau ✦
Encre :

En vrai, c'est le même geste : un pinceau d'encre, un pinceau d'eau légèrement savonneuse, que l'on pose tour à tour au même endroit. Chaque goutte repousse les anneaux précédents, et un souffle suffit à les faire onduler.

Les erreurs fréquentes

L’encre coule au fond. L’encre est trop épaisse, le pinceau trop chargé, ou tu as plongé au lieu d’effleurer. Dilue un peu l’encre, essore le pinceau, et touche à peine la surface.

Les anneaux éclatent. Trop de dispersant. Dilue davantage ton eau savonneuse : il en faut très peu.

L’eau n’est pas calme. Un courant d’air, une table qui bouge, une eau tout juste versée : le motif part dans tous les sens. Laisse reposer l’eau et travaille dans une pièce calme.

Des taches blanches sur la feuille. Ce sont des bulles d’air emprisonnées. Pose la feuille en la déroulant d’un bord à l’autre, sans hésiter.

Le motif est flou. La feuille a bougé sur l’eau ou a été retirée trop vite. Pose-la, ne la touche plus, puis soulève-la lentement.

Un papier qui n’absorbe pas. Les papiers glacés ou très encollés repoussent l’encre. Choisis un papier fin et absorbant.

Sécher à la verticale. L’encre encore humide coule. Fais toujours sécher à plat.

Pour aller plus loin

Le papier suminagashi se prête à mille usages : cartes, couvertures de carnets, fonds pour la calligraphie, ou pièces pour un collage artistique. C’est aussi un très beau support pour le journaling : l’encre pose un fond, l’écriture vient par-dessus.

Sur Sia, Maximilie Hareng, artiste peintre et illustratrice installée au Pays basque, est spécialiste du suminagashi, qu’elle enseigne en atelier dans une approche intuitive et méditative. Et pour découvrir d’autres pratiques artistiques avec des artistes, en direct ou en vidéo, parcours nos cours en ligne.

Foire aux questions : le suminagashi et le papier marbré

Qu’est-ce que le suminagashi ?

Le suminagashi, qui signifie « encre flottante » en japonais, est une technique de décoration du papier née au Japon il y a plus de huit siècles. On fait flotter de l’encre à la surface d’une eau calme en alternant encre et dispersant pour former des anneaux, on les déforme d’un souffle, puis on pose une feuille sur l’eau pour capturer le motif.

Quelle est la différence entre le suminagashi et l’ebru ?

Le suminagashi, japonais, se pratique sur de l’eau pure avec de l’encre, et ses motifs sont libres, formés par le souffle et le mouvement de l’eau. L’ebru, turc, utilise un bain épaissi à la gomme adragante et des couleurs mêlées de fiel de bœuf, ce qui permet de dessiner des motifs précis, jusqu’à des fleurs, avec des pointes et des peignes.

Quelle encre utiliser pour le suminagashi ?

L’idéal est une encre spéciale suminagashi, formulée pour flotter. Une encre de Chine liquide ou une encre sumi de bonne qualité, légèrement diluée, fonctionne souvent aussi, mais il faut la tester : les encres trop épaisses ou trop chargées en liant coulent au fond.

Quel papier utiliser pour le suminagashi ?

Un papier fin, absorbant et non traité : papier japonais, papier de riz, papier pour la calligraphie chinoise ou papier machine fin. Les papiers glacés ou très encollés repoussent l’encre et ne conviennent pas.

Comment faire du papier marbré à la maison ?

Le plus simple est le suminagashi : un bac d’eau calme, de l’encre, une goutte de liquide vaisselle diluée dans un verre d’eau comme dispersant, deux pinceaux fins et du papier absorbant. On alterne encre et dispersant à la surface pour former des anneaux, on souffle pour les déformer, puis on pose la feuille sur l’eau et on la fait sécher à plat.

Peut-on faire du papier marbré avec de la mousse à raser ?

Oui, c’est une version simplifiée très appréciée des enfants. On étale une couche de mousse à raser, on y fait couler quelques gouttes d’encre ou de colorant, on les étire avec un pique, on pose la feuille, puis on racle la mousse. Le principe est le même que la marbrure sur l’eau, avec un rendu moins fin.

Que faire avec du papier suminagashi ?

Des cartes, des couvertures de carnets, des pages de garde pour la reliure, des fonds pour la calligraphie ou le journaling, des pièces de collage, ou simplement des tirages à encadrer : chaque feuille est unique.

Envie d'aller plus loin ?

L'ABC de la peinture acrylique : Les bases essentielles de cette technique accessible | Guide écrit
L'ABC de la peinture acrylique : Les bases essentielles de cette technique accessible | Guide écrit

Tu as envie de peindre, mais tu ne sais pas par quelle technique commencer ? L'acrylique est faite pour toi.L'ABC de la…

5,99€ Découvrir ce cours →
L'ABC de l'aquarelle : Les bases essentielles pour bien commencer | Guide écrit
L'ABC de l'aquarelle : Les bases essentielles pour bien commencer | Guide écrit

L'aquarelle est une technique unique : vivante, imprévisible, lumineuse. Et souvent mal enseignée aux débutants. Ce cours te donne les vraies bases…

5,99€ Découvrir ce cours →
🎨 Envie d'aller plus loin ? Découvrez nos ateliers de peinture en ligne avec de vrais artistes, en petit groupe et en live.

Partagez cet article sur vos réseaux :