Vous avez une histoire en tête, un personnage qui vous fait rire, ou simplement l’envie de raconter quelque chose en images. Faire une BD est à la portée de tous, à condition de comprendre qu’il ne s’agit pas seulement de dessiner : la bande dessinée est l’art de raconter avec des cases. Un dessin très simple, bien découpé, raconte mieux qu’un dessin magnifique mal placé.
Voici le vocabulaire de la BD, les 7 étapes de l’idée à la planche finie, la construction d’une page, les bulles, les secrets d’un bon gag, et des planches vierges à imprimer pour vous lancer.
Le vocabulaire de la BD
Quelques mots suffisent pour comprendre comment une bande dessinée est construite.
| Mot | Ce que c’est |
|---|---|
| Planche | Une page de bande dessinée, telle que l’auteur la dessine |
| Case ou vignette | Un cadre de la planche, qui contient une image |
| Bande ou strip | Une rangée horizontale de cases ; un strip est aussi une courte BD d’une seule bande |
| Gouttière | L’espace blanc entre deux cases |
| Bulle ou phylactère | La forme qui contient les paroles d’un personnage |
| Appendice | La pointe de la bulle, dirigée vers celui qui parle |
| Récitatif ou cartouche | Le cadre qui contient le texte du narrateur, souvent en haut d’une case |
| Onomatopée | Un mot qui imite un bruit : BOUM, CLAC, PLOUF |
| Idéogramme | Un petit symbole qui exprime une émotion : étoiles, spirale, gouttes de sueur |
| Gaufrier | Une mise en page en grille régulière, avec des cases de même taille |
| Scénario | L’histoire écrite, avec le découpage en pages et en cases |
| Storyboard | Le découpage dessiné en petit, case par case, avant la planche |
| Crayonné, encrage, mise en couleur | Les trois étapes du dessin de la planche |
Comment faire une BD : les 7 étapes
1. Trouver l’idée et écrire le scénario
Tout commence par une histoire, même minuscule. Pour une première BD, visez court : un gag en une planche, ou une petite histoire de quatre à huit pages. Résumez-la en une phrase, puis écrivez-la scène par scène.
Le scénario de BD a une particularité : il se pense en pages. Pour chaque page, notez ce qui se passe dans chaque case, ce que voit le lecteur et ce que disent les personnages. Prévoyez peu de texte : en BD, l’image raconte, et les mots complètent.
2. Faire le découpage, ou storyboard
Avant de dessiner une planche en grand, faites-en une version miniature. Sur une petite feuille, tracez le cadre de la page, découpez-le en cases et esquissez en quelques traits ce qui se passe dans chacune : les personnages, leur position, la place des bulles.
Ce brouillon, que l’on appelle storyboard ou découpage, est l’étape la plus importante. C’est là que vous décidez du nombre de cases, de leur taille et du rythme de la page. Une erreur corrigée à ce stade prend une minute ; sur la planche finie, elle prend une heure.
3. Préparer la planche
Choisissez un papier lisse et épais, comme un bristol, au format A4 ou A3. Les dessinateurs professionnels travaillent souvent plus grand que le format d’impression, puis réduisent : les traits paraissent plus fins et plus nets.
Tracez les marges, puis les cases à la règle, en laissant entre elles une gouttière régulière de quelques millimètres. Vous pouvez aussi partir d’une planche vierge déjà découpée, comme celles de notre kit.
4. Le crayonné
Dessinez au crayon, légèrement, le contenu de chaque case : les personnages, les décors, les objets. Commencez par les formes générales, puis précisez. Réservez dès maintenant la place des bulles : si vous les oubliez, elles viendront cacher un visage ou un détail important.
Beaucoup de dessinateurs utilisent un crayon bleu clair, qui disparaît au scanner, ou un crayon HB très léger qu’ils gomment après l’encrage.
5. Le lettrage
Écrivez les textes dans les bulles avant d’encrer le dessin, puis tracez le contour des bulles autour du texte. Le lettrage de BD se fait traditionnellement en majuscules, avec des lettres régulières, guidées par deux lignes tracées au crayon. Une bulle bien lisible vaut mieux qu’une bulle jolie.
6. L’encrage
Repassez les traits du crayonné à l’encre : au feutre fin pigmenté pour débuter, à la plume ou au pinceau pour plus de caractère. Variez l’épaisseur des traits : plus épais pour les contours des personnages au premier plan, plus fins pour les détails et les décors lointains. Laissez sécher, puis gommez le crayon.
Pour aller plus loin dans ce geste, notre guide de l’encre de Chine présente les plumes, les pinceaux et les techniques d’encrage.
7. La mise en couleur
La couleur peut se faire à la main, à l’aquarelle, aux encres ou aux feutres, ou sur ordinateur après avoir scanné la planche. Pour une première BD, le noir et blanc est un excellent choix : il oblige à soigner l’encrage, et il est déjà une vraie BD. Si vous mettez en couleur, choisissez une palette limitée et gardez les couleurs plus claires dans les décors, pour que les personnages ressortent.
Comment construire une planche de BD
La planche est l’unité de base de la BD. Sa construction guide l’œil du lecteur et donne le rythme de l’histoire.
Le sens de lecture. En BD franco-belge, on lit de gauche à droite et de haut en bas, bande par bande, comme un texte. Les cases et les bulles doivent suivre ce chemin. Le manga, lui, se lit de droite à gauche.
Le nombre de cases. Une planche classique compte trois ou quatre bandes, soit six à neuf cases en moyenne. Moins de cases donne de l’ampleur et de la lenteur ; plus de cases accélère le rythme ou découpe une action en détail.
Le gaufrier ou la mise en page libre. Le gaufrier, une grille régulière de cases identiques, est idéal pour débuter et pour l’humour : il installe un rythme régulier. La mise en page libre fait varier la taille des cases selon l’importance des moments : une grande case pour un paysage ou un moment fort, de petites cases pour une conversation.
La taille des cases selon le moment. Une action rapide se découpe en plusieurs petites cases ; un moment de silence ou de surprise mérite une case plus grande. Une case sans texte fait respirer la page.
La dernière case. C’est celle que le lecteur garde en tête. Dans un gag, elle porte la chute. Dans une histoire longue, la dernière case de la page de droite donne envie de tourner la page.
Les plans et les angles
Comme au cinéma, chaque case choisit ce qu’elle montre et d’où.
| Plan | Ce qu’il montre | Pour quoi |
|---|---|---|
| Plan d’ensemble | Le décor entier, les personnages en petit | Situer le lieu, ouvrir une scène |
| Plan moyen | Les personnages en pied | L’action, les déplacements |
| Plan américain | Les personnages coupés à mi-cuisses | Les conversations, avec un peu de décor |
| Gros plan | Le visage | L’émotion, la réaction |
| Très gros plan | Un détail : un œil, une main, un objet | La tension, un indice |
Variez les plans d’une case à l’autre : une page entièrement en plan moyen devient vite monotone. Les angles comptent aussi : en plongée, vue d’en haut, le personnage paraît petit ou vulnérable ; en contre-plongée, vue d’en bas, il paraît grand ou menaçant.
Les bulles : l’essentiel
Les bulles se lisent dans l’ordre de lecture des cases : de gauche à droite et de haut en bas. Celui qui parle en premier a sa bulle placée en haut à gauche. Chaque bulle a sa forme : une bulle ronde pour la parole, un nuage pour la pensée, des contours hérissés pour un cri, des pointillés pour un chuchotement, et un rectangle pour le narrateur.
Deux règles suffisent pour débuter : peu de mots par bulle, et jamais une bulle sur un visage. Si le texte est trop long, découpez-le en deux bulles ou en deux cases. Les types de bulles, leur signification et huit bulles vierges à télécharger sont détaillés dans notre guide des bulles de BD.
Donner vie à la BD : expressions, mouvement, onomatopées
Les expressions. En BD, l’émotion passe surtout par les sourcils et la bouche. Quelques traits suffisent : sourcils froncés pour la colère, relevés pour la surprise, bouche en croissant pour la joie. Exagérez : une expression trop discrète ne se lit pas dans une petite case. Notre guide pour dessiner un visage vous aide à placer les traits.
Le mouvement. Des lignes de vitesse derrière un personnage qui court, un petit nuage de poussière sous ses pieds, des traits courbes autour d’un bras qui frappe : la BD invente des signes pour montrer ce qui bouge.
Les idéogrammes. Des gouttes de sueur pour la gêne, des étoiles pour la douleur, une ampoule pour une idée, une spirale pour le vertige : ces petits symboles font partie de la langue de la BD et rendent les émotions immédiates.
Les onomatopées. BOUM, CLAC, PAF, PLOUF, GLOUPS : en BD, les bruits se dessinent. Leur forme compte autant que les lettres : grosses et irrégulières pour une explosion, fines et tremblantes pour un grincement. Intégrez-les dans le dessin, plutôt que de les poser par-dessus.
La BD humoristique : réussir un gag
Le gag en une planche ou en un strip de trois ou quatre cases est la meilleure école de la BD : il oblige à raconter beaucoup en peu d’images.
La structure du gag. Une mise en place (la situation), un développement (quelque chose se complique) et une chute (la surprise, dans la dernière case). Tout le gag est construit pour cette dernière case : écrivez-la en premier, puis remontez.
Des personnages simples. Les grands personnages de la BD humoristique ont des silhouettes très lisibles : une tête ronde, un gros nez, quelques signes distinctifs. Plus le dessin est simple, plus le lecteur se concentre sur la situation.
Le timing. Une case de silence avant la chute, un personnage qui regarde le lecteur, une réaction en gros plan : en humour, le rythme des cases fait autant rire que le texte.
Sur Sia, Christophe Delvallé, dessinateur de bande dessinée et formateur depuis trente ans, propose le cours vidéo Les bases de la BD humoristique : expressions, mouvement, onomatopées, construction de la planche, encrage et couleur.
Faire une BD sans savoir dessiner
C’est possible, et de nombreux auteurs l’ont prouvé. Ce qui compte en BD, c’est la clarté de ce que l’on raconte, pas la virtuosité du trait.
- Simplifiez vos personnages : un rond pour la tête, des traits pour le corps. Des personnages en bâtons, s’ils sont expressifs et bien découpés, peuvent porter une histoire entière.
- Misez sur le découpage : choisissez bien ce que montre chaque case, et le dessin le plus simple devient lisible.
- Utilisez des décors simples : une ligne d’horizon, une fenêtre, une table suffisent à situer une scène.
- Partez de vos idées faciles à dessiner : notre liste de choses faciles à dessiner peut vous servir de point de départ.
Et en dessinant une page par semaine, vous progresserez plus vite que vous ne l’imaginez : la BD est un excellent exercice de dessin.
Le matériel pour faire une BD
| Matériel | Conseil |
|---|---|
| Papier | Bristol lisse, ou papier dessin épais, en A4 ou A3 |
| Crayons | Un crayon HB, ou un crayon bleu clair pour le crayonné |
| Gomme | Une gomme mie de pain, qui n’abîme pas le papier |
| Règle | Pour tracer les cases et les lignes de lettrage |
| Encrage | Des feutres fins pigmentés (0,1 à 0,8 mm), puis une plume ou un pinceau |
| Couleur | Aquarelle, encres ou feutres, ou mise en couleur sur ordinateur |
| Planches vierges | Des gabarits déjà découpés pour vous concentrer sur le dessin |
Faire une BD sur ordinateur ou sur tablette
Vous pouvez aussi faire toute votre BD en numérique. Des logiciels spécialisés comme Clip Studio Paint proposent des outils de cases, de bulles et de lettrage ; Krita est une solution gratuite ; et sur iPad, Procreate permet de dessiner et de mettre en couleur facilement. Le numérique facilite les corrections, mais les étapes restent les mêmes : scénario, découpage, crayonné, encrage, couleur.
Quant aux outils qui génèrent une BD avec l’intelligence artificielle, ils produisent des images, pas une histoire : le découpage, le rythme et la chute restent votre travail, et c’est justement ce qui fait une bonne BD.
Des planches de BD vierges à imprimer
Pour vous lancer sans passer des heures à tracer des cases, nous avons préparé 15 pages de planches de BD vierges à imprimer, au format A4 : des gaufriers de 6 et 9 cases, des mises en page variées, une planche dynamique, des pages de strips pour les gags, une page de découpage pour préparer vos planches en miniature, une page de bulles et une fiche personnage.
Un PDF de 15 pages A4 : gaufriers de 6 et 9 cases, mises en page variées, strips pour vos gags, une page de découpage, une page de bulles et une fiche personnage.
- 9 planches prêtes à dessiner
- Découpage et strips
- Bulles et fiche personnage
Imprimez-les sur un papier épais si vous encrez directement dessus, ou sur du papier ordinaire pour vos essais et vos storyboards.
Les erreurs fréquentes
Commencer par la planche finie. Sans découpage, on découvre trop tard que la case est trop petite ou que la bulle cache le visage. Passez toujours par un storyboard en miniature.
Trop de texte. Une bulle de cinq lignes écrase le dessin. Coupez, répartissez, laissez l’image raconter.
Des cases toutes pareilles. Le même plan, la même taille, le même cadrage d’une case à l’autre rendent la lecture monotone. Variez les plans.
Un sens de lecture confus. Si le lecteur hésite sur l’ordre des cases ou des bulles, il décroche. Vérifiez votre page en la lisant comme un inconnu.
Un personnage qui change de tête. Dessinez votre personnage sous plusieurs angles avant de commencer, et gardez cette feuille à côté de vous.
Encrer trop tôt. Un crayonné incomplet donne un encrage hésitant. Finissez le crayonné de toute la page avant de prendre l’encre.
Pour aller plus loin
La BD réunit plusieurs savoir-faire de dessin : les visages et leurs expressions, la perspective pour les décors, et l’encrage. Si vous débutez en dessin, notre guide pour apprendre à dessiner pose les bases, et si le style japonais vous attire, notre guide du dessin manga vous accompagne.
Et pour progresser avec un artiste qui regarde vos planches, découvrez nos cours de dessin en ligne.
Foire aux questions : faire une BD
Comment faire une BD quand on débute ?
Commencez par une histoire courte, comme un gag en une planche. Écrivez le scénario case par case, faites un découpage en miniature, puis dessinez la planche au crayon en réservant la place des bulles. Écrivez les textes, encrez le dessin, et ajoutez la couleur si vous le souhaitez.
Comment faire une planche de BD ?
Tracez les marges et les cases sur un papier lisse et épais, en laissant une gouttière régulière entre les cases. Organisez les cases en trois ou quatre bandes, dans le sens de lecture, de gauche à droite et de haut en bas. Dessinez au crayon, placez les bulles, puis encrez.
Combien de cases faut-il sur une planche de BD ?
Il n’y a pas de règle, mais une planche classique compte trois ou quatre bandes, soit six à neuf cases en moyenne. Moins de cases donnent de l’ampleur à une scène ; plus de cases accélèrent le rythme ou détaillent une action. Pour débuter, une grille régulière de six à neuf cases est idéale.
Quel papier utiliser pour faire une BD ?
Un papier lisse et épais, comme le bristol, est le plus utilisé : il supporte l’encre sans baver et le gommage sans s’abîmer. Le format A4 convient pour débuter ; beaucoup de dessinateurs travaillent en A3, puis réduisent à l’impression pour un trait plus fin.
Comment s’appellent les éléments d’une BD ?
La page s’appelle une planche, chaque image une case ou vignette, et une rangée de cases une bande ou un strip. L’espace entre les cases est la gouttière. Les paroles sont dans des bulles, aussi appelées phylactères, et le texte du narrateur dans un récitatif. Les bruits sont des onomatopées.
Peut-on faire une BD sans savoir dessiner ?
Oui. En BD, la clarté du récit compte plus que la virtuosité du dessin. Des personnages très simplifiés, un bon découpage et des décors réduits à l’essentiel suffisent à raconter une histoire. Et faire de la BD régulièrement est un excellent moyen de progresser en dessin.
Quel logiciel utiliser pour faire une BD ?
Clip Studio Paint est le logiciel le plus complet pour la BD, avec des outils de cases, de bulles et de lettrage. Krita est une alternative gratuite, et Procreate est très utilisé sur iPad. Mais on peut tout à fait faire une BD sur papier, avec un crayon, une règle et un feutre fin.
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